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08 Jul

On dit que l'habit ne fait pas le moine Je crois que c'est faux

Publié par Jeremy  - Catégories :  #Actualité de la revue

J'ai 70 ans, mesure près 1,80 m et pèse 70 kg, donc plutôt fin. Comme les pneumologues des hôpitaux me disent frappé d'une longue maladie des poumons qui n'est pas un cancer mais une Fpi, fibrose pulmonaire idiopathique (dont on ne sait pas l'origine) et que c'est une maladie rare (dont on a pas le remède) et progressive (c'est-à-dire mortelle), sous l'avalanche de prescriptions, pour n'en manquer aucune, je décide d'aller voir une assistante sociale. Tout mon entourage m'a seriné que je dois profiter de leur savoir-faire sinon qu'elles sont là aussi pour aider les malades. Alors au bout de quelques mois, je craque. Le centre social du XIIe est au 108 rue Daumesmil. Je prends le bus 29 pour m'y rendre.

 

Par coquetterie, sans doute et parce qu'il pèse une brique, je ne prends pas le sac à dos contenant une bouteille d'oxygène prescrite par la médecine mais je mets un chapeau qu'on m'a rapporté de New York, une veste grise sur un polo blanc, un jean un peu passé que j'ai depuis un bail et des Converse noires, que j'ai longtemps cru être des "tennis", quelque peu trouées. J'ai pris tout un tas de papiers et de convocations auxquels je finis par ne plus rien comprendre, d'où ma démarche.

 

L'accueil est on ne peut plus professionnel et la réceptionniste, m'envoie muni d'un ticket à numéro au premier étage où je me rends en ascenseur eu égard à mon manque de souffle. Dans cette histoire je suis bien le seul à en manquer. J'arrive dans une grande salle d'attente vide où un siège sur deux est condamné en raison du Coronavirus qui sévit encore. Dans un coin vitré se tient une secrétaire. Une femme noire qui me reçoit très aimablement et me pose les questions d'usage pour alléger le travail de l'assistante sociale. Je n'étais venu que pour prendre rendez-vous mais on devance mes besoins et je rencontre la personne qui occupe cette fonction. Elle insiste sur la provenance de mon chapeau qu'elle situe au Canada, sur ma profession de journaliste avant la retraite qui a dû "me faire voir du pays".

Je suis peu sensible à la flatterie alors je lui dis tout de go que je suis déconcerté par le nombre de choses à faire simultanément ce qui lui tire un sourire : "Vous, un journaliste, vous êtes embarrassé par les papiers", "vous ne pouvez pas les prendre les uns après les autres et les glisser dans des chemises" insiste-elle avec un ton ironique. Je sais qu'il ne faut jamais avouer ses faiblesses surtout à une inconnue mais j'ai décidé de jouer franc jeu. Il me faut admettre que j'aurai dû, dès ce moment là, me retirer mais je veux être pragmatique. Quand elle me demande la chose la plus importante qui m'amène, je lui parle de mon appartement situé au troisième étage sans ascenseur que j'aimerais bien lâcher pour une HLM que je demande depuis plus de 5 ans et qui serait en rez-de-chaussée sans les pots d'échappements ou dans les étages mais avec un ascenseur. Elle ne percute pas et me demande si mon propriétaire l'est aussi de tout l'immeuble parce qu'alors il pourrait échanger mon appartement du 3ème contre un rez-de-chaussée, confondant allègrement le privé et le public. Après avoir énoncé d'autres solutions baroques qui ne prenaient pas en compte ma demande ancienne de HLM, elle me dit soudain que l'habitat ne compte pas parmi ses attributions et me donne l'adresse d'une association "du type Abbé Pierre", me dit-elle. Je passe soudainement de la confrontation masquée au dénigrement public, une des pires figures de la bourgeoise parisienne qui travaille pour "s'occuper dans le social" là où au XIXe siècle elles cousait des napperons.

 

J'essaie encore de la mener sur le sujet de la remise en ordre de mes comptes à la suite de mon hospitalisation sans mutuelle de décembre dernier qui me coûtait 1 450 euros pour 4 jours. Cela avant que je sois pris en charge à 100%. Puis elle se met à situer ma "longue maladie" en 2016 alors que je lui ai dit que je l'avais découverte récemment et justement en allant à l'hôpital avec un taux de 62% d'oxygène dans le sang alors que la moyenne atteint 99% . C'est un dialogue de sourds depuis le début et elle veut y imposer sa patte en me proposant ce qui lui vient en tête sur le moment donc rien que balivernes et confusions.

Elle joue sur ma totale sincérité quant à ma condition de santé pour me dire qu'un journaliste ne peut pas être submergé par les papiers et cela même s'ils m'enjoignent chacun à sa manière la marche à suivre pour prendre en charge ma maladie. Je plis depuis déjà plus d'une minute mes papiers et je la quitte en la saluant, bien qu'elle me fasse l'effet d'une folle. Retour dans la salle d'attente qui est maintenant pleine de gens de toutes les couleurs exceptée la mienne de femmes et d'enfants essentiellement.

Je suis dépité et je me demande si elle me draguait en repensant à l'adresse qu'a fait de moi la secrétaire pour dire à sa supérieure que je l'attendais :" Un élégant monsieur avec un beau chapeau" ce qui m'a vraiment surpris surtout quand l'assistante sociale m'a confié dans un faux sourire qu'elle m'avait déjà repéré à mon entrée dans le centre avec une plume au chapeau. Je crois que j'ai donné lieu à tout simplement une invite appuyée, qui d'ailleurs met les femmes bien mal à l'aise. Le seul exercice du pouvoir possible, pour ceux et celles qui n'en n'ont pas sinon de nuire, ou dans ce cas de ne pas faire son travail d'assistance. Je pense aussi ne pas avoir le look pleureur que certains me confient pourtant indispensable quand on demande quoi que ce soit en France.

Je dirais, en résumé, que je me suis fais jeter comme un "trop" propre indocile.

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À propos

littéraire et hédoniste